Nouvelle année, même mission : le mouvement B Corp à la croisée des chemins
February 5, 2026
Article rédigé par Lauren Everett [en anglais], responsable du contenu et de la narration numérique au B Lab États-Unis et Canada.
Le mois de janvier invite à se réinventer. Nouveaux projets, nouvelles promesses : des intentions renouvelées en d’autres termes. Dans les affaires, comme dans la vie, nous avons cette tendance familière à penser qu’un calendrier vierge peut nous permettre de prendre un nouveau départ.
Pour celles et ceux qui font partie d’un mouvement mondial œuvrant au service des personnes et de la planète, janvier offre rarement l’occasion de faire table rase. Le travail se poursuit, façonné par des réalités sociales, politiques et économiques changeantes, ainsi que par les enjeux qui en découlent.
Vingt ans après la naissance du mouvement B Corp, qui n’a cessé d’évoluer, et maintenant au seuil d’une ère marquée par de nouvelles normes, la communauté B Corp mondiale se trouve à un rare tournant : elle est suffisamment établie pour être tenue responsable, elle a suffisamment été mise à l’épreuve pour être légitime et elle est suffisamment ancrée pour évoluer sans se perdre. À ce seuil, le travail à venir repose moins sur la formulation de réponses. Il dépend davantage d’une écoute attentive des gens, des pressions et des responsabilités qui définissent désormais le mouvement.
D’une expérimentation préliminaire à une infrastructure mondiale
La certification B Corp a été lancée il y a vingt ans, en tant qu’expérimentation, dans un effort pour concrétiser l’idée simple, mais exigeante, que les entreprises pouvaient, en pratique, être tenues de rendre des comptes aux personnes et à la planète. Au cours des premières années, les entreprises se sont trouvées grâce à leurs réseaux personnels et à leurs croyances communes. Les fondatrices et les fondateurs se réunissaient dans leurs salles à manger ou lors de conférences et établissaient des liens de confiance au travers de relations directes plutôt que dans le cadre d’une gouvernance formelle.
Au fil du temps, cette expérimentation a été élargie. Aujourd’hui, le mouvement B Corp compte plus de 10 000 entreprises certifiées, se trouvant dans 103 pays et 160 secteurs d’activités, et employant collectivement plus d’un million de personnes [en anglais]. Cette croissance démontre sa résilience, c’est-à-dire sa capacité à s’adapter à différents systèmes économiques, environnements réglementaires et modèles d’affaires tout en maintenant un engagement partagé envers la responsabilisation.
Durant ces vingt années, le mouvement a suivi une direction commune, guidé par l’amélioration continue, la transparence et la responsabilité. Toutefois, au fur et à mesure que la communauté s’est agrandie, le contexte environnant est devenu plus exigeant, faisant apparaître de nouvelles attentes, pressions et responsabilités. Ce qui reposait auparavant sur des liens directs nécessite désormais des structures de gouvernance, des systèmes de vérification et des normes qui peuvent s’appliquer de manière cohérente dans des contextes considérablement différents.
La responsabilisation sous la pression
L’urgence à laquelle les entreprises guidées par les valeurs sont confrontées aujourd’hui n’est pas abstraite. Partout dans le monde, et en particulier aux États-Unis, les entreprises engagées envers l’équité, la responsabilité environnementale et la gouvernance partenariale exercent leurs activités dans des environnements politiques, culturels et réglementaires qui sont de plus en plus contestés. Dans certains contextes, les engagements de longue durée sont désormais considérés comme des « risques » plutôt que comme des responsabilités.
Réfléchissez à ces points de pression : les entreprises sont confrontées à des défis législatifs liés aux initiatives en faveur de la diversité, à des poursuites judiciaires d’actionnaires qui remettent en question les engagements climatiques et à une incertitude réglementaire autour des exigences concernant les divulgations en matière ESG. Les B Corp qui publient leurs données relatives à l’équité salariale peuvent faire face à des réactions négatives sur les marchés qui n’ont pas l’habitude d’une telle transparence. Et celles qui fixent des objectifs d’émissions fondés sur la science doivent s’orienter dans des chaînes d’approvisionnement au sein desquelles leurs partenaires doivent affronter des contraintes économiques et des régimes réglementaires différents.
La communauté B Corp avance en terrain familier, même si son échelle est nouvelle. Depuis le début, le mouvement fonctionne en sachant que la responsabilité a un coût et que le leadership se développe souvent lorsque les choix sont limités. Ce qui distingue l’époque actuelle, c’est l’intersection de cette réalité avec une portée et une visibilité mondiales. Pour y répondre, il faut des normes et des systèmes capables de gérer cette tension sans devenir rigides et de soutenir les entreprises qui traduisent ces valeurs en pratiques alors qu’elles font l’objet d’une surveillance soutenue.
L’écoute comme forme de gouvernance : faire évoluer les normes

Table ronde de l’événement DLB du Québec en novembre 2025, composée de la membre du conseil d’administration de la communauté B Local Québec, Clémentine Freire, en tant que modératrice, de la fondatrice de Kotmo, Céline Juppeau, et de la présidente d’Equifruit, Jennie Coleman. La conversation portait sur le pouvoir qu’ont les entreprises pour amplifier l’impact dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
L’un des changements les plus importants dans l’évolution du mouvement B Corp a été de reconnaitre que l’écoute constitue une forme de gouvernance.
Au cours des dernières années, le B Lab a sollicité sa communauté mondiale d’une manière soutenue, collectant plus de 16 000 commentaires d’entreprises, d’employé.e.s, de parties prenantes et de spécialistes dans l’ensemble des régions et des secteurs d’activité. Ces points de vue ont permis de mettre au jour les domaines dans lesquels les normes devaient être assouplies, ceux où elles devaient être plus claires et ceux où elles devaient mieux refléter les réalités auxquelles les entreprises sont confrontées.
Ce qui est ressorti de ce processus est substantiel. Les entreprises exerçant leurs activités dans des régions dépourvues d’infrastructures environnementales appropriées se sont demandé comment prouver leur engagement envers le climat, alors que les énergies renouvelables ne sont pas disponibles. Les petites entreprises de fabrication se sont interrogées sur la possibilité d’adapter à leur contexte opérationnel les attentes en matière de gouvernance élaborées pour le secteur quaternaire. Les coopératives détenues par des employé.e.s ont soulevé la question des tensions entre les modèles de propriété collective et les cadres de gouvernance conçus pour les structures d’entreprises traditionnelles.
Ce processus d’écoute n’a pas été mené à partir d’une position d’autorité, en cherchant à obtenir une validation, mais depuis une posture de « co-collaboration » afin d’élaborer des normes avec la communauté qu’elles ont pour but de servir, le B Lab servant d’intendant plutôt que de seul architecte.
Par conséquent, les principes de base du mouvement ont été enracinés et mis en œuvre avec une plus grande précision. Au fur et à mesure que le contexte a changé, les normes ont évolué [en anglais], en préservant la responsabilisation et en demeurant ancrées dans l’expérience du terrain. Le leadership émerge grâce à la participation plutôt qu’à la position, une dynamique qui compte beaucoup à une époque où la confiance dans les institutions est mise à rude épreuve.
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Une nouvelle base de référence pour la responsabilisation
Au cours de l’année à venir, les entreprises commenceront à présenter leur demande de certification et de renouvellement de certification selon la version 2.1 des normes du B Lab. Ces normes marquent l’évolution la plus importante depuis le début du mouvement, établissant des attentes de base plus claires quant à ce que cela exige, en pratique, d’être une entreprise responsable.
« Élever le plancher » crée une base commune. Cela permet de clarifier les responsabilités dans l’ensemble des secteurs d’activité et des régions, de consolider la crédibilité de la certification et de renforcer la responsabilisation à une époque où les déclarations des entreprises font l’objet d’une attention accrue de la part des organismes de régulation, des marchés et du public.
La mise à jour des normes instaure un changement structurel dans la façon d’évaluer l’impact. Abandonnant le système de cumulation de points pour calculer le score, les nouvelles normes établissent des exigences de base dans les sept domaines d’impact spécifiques suivants : Mission et gouvernance des parties prenantes [en anglais]; Action climatique [en anglais]; Droits de la personne [en anglais]; Travail équitable [en anglais]; Gestion environnementale et circularité [en anglais]; Justice, équité, diversité et inclusion [en anglais]; et Affaires publiques et action collective [en anglais]. Ce changement signale que la responsabilité doit être gérée de manière holistique plutôt que d’être optimisée dans des domaines isolés. Par exemple, une entreprise de technologie ne peut pas obtenir la certification uniquement grâce à une gouvernance robuste si elle néglige les pratiques salariales équitables. Une marque grand public ne peut pas réaliser de progrès sur le plan des mesures environnementales tout en ignorant l’impact sur les droits de la personne dans sa chaîne d’approvisionnement.
L’harmonisation avec des cadres de travail mondiaux, tels que les normes GRI, les objectifs de l’initiative SBTi [en anglais] et les normes Fairtrade, renforce la transparence et l’interopérabilité, offrant aux entreprises un même langage pour gérer l’impact dans des environnements règlementaires et opérationnels différents. Lorsqu’une B Corp élabore des plans de réduction des émissions de GES en phase avec l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, cet engagement répond aux critères de la certification tout en satisfaisant les attentes des investisseuses et des investisseurs, ainsi que celles des cadres de divulgation réglementaire qui émergent dans différentes régions administratives.
Toutes les entreprises certifiées B doivent désormais prouver les améliorations effectuées d’une année à l’autre dans les domaines d’impact de base. Il existe toutefois une certaine flexibilité dans la façon dont ses progrès sont accomplis, selon la taille, le secteur d’activité et la région de chaque B Corp. En effet, un studio de 15 personnes à Nairobi et une entreprise de fabrication comptant 500 employé.e.s au Wisconsin n’exercent pas leurs activités dans les mêmes conditions. Cependant, les deux doivent démontrer la réalisation soutenue de progrès, étayée par des preuves, au fil du temps.
La signification d’une croissance responsable
La croissance amplifie la visibilité, les responsabilités et les conséquences. Mais, elle élargit aussi les possibilités lorsque la responsabilisation augmente au même rythme.
Plus d’un million de personnes travaillent désormais pour des entreprises certifiées B. Cela signifie que les pratiques salariales équitables sont traduites en conditions de vie dans les domaines de la fabrication, des systèmes alimentaires, de la technologie, du tourisme et de l’hôtellerie, de la finance, ainsi que dans des secteurs où les salaires, les horaires, la sécurité et la représentation permettent d’établir une stabilité au fil du temps. À cette échelle, les B Corp montrent que des engagements, tels que le versement de salaires décents, la création de cultures de travail positives, la mise en place de parcours de perfectionnement professionnel et la participation des employé.e.s dans les processus décisionnels, peuvent être maintenus au fur et à mesure que les entreprises se développent.
Des preuves provenant des quatre coins de la communauté démontrent l’existence constante de liens entre la qualité des emplois et des résultats comme l’engagement du personnel et l’innovation, prouvant que ces pratiques façonnent l’équité au travail, mais aussi le rendement des entreprises au fil du temps.
La définition de la nouvelle génération de dirigeant.e.s

Lorsque la communauté B Corp évoque la prochaine génération de dirigeant.e.s, elle veut délibérément que sa définition soit large. Elle inclut les cadres émergeant.e.s qui exercent leur influence plus tôt, souvent avec un point de vue plus intersectionnel et mondial. Elle comprend également les exploitant.e.s œuvrant dans des secteurs complexes, comme la fabrication, la logistique ou l’agriculture, qui traduisent les valeurs en systèmes viables à grande échelle. Et elle intègre les dirigeant.e.s qui travaillent en dehors des centres traditionnels du pouvoir économique et qui contribuent au mouvement à partir de régions différentes et de nouveaux contextes.
Ce qui unit cette génération, c’est l’orientation plutôt que l’âge ou le titre du poste : elle est à l’aise avec l’ambiguïté, elle est engagée envers la responsabilisation et elle sait qu’un impact durable se crée grâce à la collaboration, et non par la visibilité individuelle.
Alors que le mouvement est à l’aube de sa troisième décennie, cette position est importante. Les défis à venir, comme l’instabilité climatique, la fragmentation sociale et les inégalités économiques, nécessitent une coordination des efforts, le partage de cadres et une volonté de la part des dirigeant.e.s d’évoluer aux côtés des autres.
Cet engagement se concrétise lorsque la communauté se rassemble. En 2026, elle se réunira à l’occasion de la Retraite des champion.ne.s organisée à Milwaukee, au Wisconsin [en anglais] : une ville façonnée par l’héritage industriel, le renouvellement civique et les efforts de longue durée déployés pour créer une prospérité partagée. Le lieu reflète les questions auxquelles le mouvement apprend à répondre [en anglais] : comment honorer l’histoire tout en s’adaptant au changement, comment créer des systèmes qui résistent aux pressions et comment ancrer les progrès dans des lieux et des personnes authentiques.
La Retraite des champion.ne.s fonctionne comme un forum de travail pour le mouvement, c’est-à-dire un endroit où les dirigeant.e.s peuvent sortir de leurs rôles organisationnels et assumer ensemble la responsabilité de ce qui s’en vient. Cet événement offre un espace pour faire émerger les tensions, mettre à l’essai les hypothèses et s’accorder sur la direction à prendre, et ce d’une façon qui est plus difficile à réaliser au quotidien, dans le cadre des activités commerciales habituelles. Alors que les normes atteignent une certaine maturité et que la communauté s’étend dans des contextes de plus en plus diversifiés, ce type de travail collectif devient essentiel pour garantir que les normes demeurent utilisables, légitimes et ancrées dans la réalité.
Le travail à venir
Les vingt ans de la certification B Corp impliquent autant de responsabilités que de réflexions. Le contexte a changé. La communauté s’est agrandie. Les attentes en matière de responsabilisation, de transparence et de gouvernance se sont considérablement accrues. Ce qui reposait autrefois sur des valeurs communes et la proximité dépend désormais de systèmes qui peuvent fonctionner en toute intégrité à grande échelle.
Il s’agit d’un moment important, car l’harmonisation ne peut plus être présumée. Elle doit être créée de manière délibérée, grâce à des normes, à la gouvernance et à l’intendance collective des valeurs du mouvement au fur et à mesure qu’il évolue.
Les vingt prochaines années ne ressembleront pas aux vingt premières. Elles se dérouleront dans d’autres conditions, avec des contraintes, des technologies et des attentes sociales différentes. La force du mouvement repose sur sa réactivité aux changements plutôt que sur son adhésion à un moment précis dans le temps.
Alors que la communauté entame ce nouveau chapitre, avec des normes mises à jour, une écoute soutenue et une réflexion collective, elle l’aborde en étant claire sur ce qui dure : des normes régies de manière indépendante, une responsabilisation résistant aux pressions et des améliorations continues axées sur la création d’avantages partagés.
Les perspectives de la communauté continueront d’occuper une place centrale tandis que le mouvement poursuit son évolution. Des outils comme le sondage de la communauté aident à mettre au jour comment le travail est vécu dans différents contextes, ce qui le freine et ce qui mérite une plus grande attention à l’avenir. Le but n’est pas de prendre de nouvelles résolutions, mais de suivre une direction définie ensemble et ancrée dans l’expérience.
Le travail continue. Nouvelle année, même mission.
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