Les B Corp à New York : créer des systèmes qui fonctionnent
February 5, 2026
Article rédigé par Rai-mon Nemar Barnes, fondateur et DG de Consciously® [en anglais], membre de la communauté B Local NYC.
Notre mouvement a atteint un point d’inflexion. Même si je pense que les gens s’accorderaient sur le fait que le monde est en train de changer, je ne crois pas que tout le monde serait d’accord pour dire que c’est pour le mieux.
Les événements actuels (et notre éternelle heuristique de disponibilité) occultent un élément important : le monde accepte désormais globalement que les changements climatiques sont réels (que les personnes soient ou non d’accord sur les raisons), qu’il existe des inégalités (à tel point que la majorité les revendique pour elle-même) et qu’il est composé d’économies différentes. Des économies communautaires. Des économies partenariales.
Comment savons-nous que la majorité des personnes l’acceptent? Observez leurs mouvements, leurs agissements, leurs actions. Nous n’écoutons plus les discours : nous savons que ça ne sert à rien.
Ceci étant dit, je crois que le mouvement B Corp, notre mouvement, doit également évoluer et aller de l’avant. Au lieu de nous assurer de signaler chaque transgression dans nos publications sur les réseaux sociaux ou de les dénoncer, en demandant à notre public de mettre leur cœur en phase avec ce qui est juste, nous fournissons des ressources. Nous signons des chèques. Nous veillons à nous associer aux personnes qui font avancer les valeurs, avec des actions et pas seulement des déclarations d’intention. Nous appuyons chacune de leurs initiatives, sans exiger de reconnaissance pour ce faire.
Mon objectif est de mettre de l’avant certaines des personnes qui effectuent exactement cela dans la ville qui ne dort jamais. New York est une ville où vous pouvez trouver votre communauté et la soutenir de la manière qui vous convient le mieux. Les B Corp s’illustrent particulièrement dans ce domaine, et ce depuis un certain temps déjà. Elles créent des mini-systèmes pour leurs entreprises qui inspirent ou contribuent à des macro-systèmes. Elles fournissent des ressources et facilitent le travail des personnes qui ont dédié leur vie aux valeurs qui nous sont chères, car, soyons honnêtes, tout le monde ne peut pas consacrer chaque jour de sa vie à la réalisation du travail que nous souhaitons voir accompli.
C’est pourquoi il est crucial que nous nous concentrions sur toutes les entreprises, tant les PME que les multinationales. Il ne peut y avoir de changements systémiques sans la participation des plus grandes entreprises sur la planète, qui ont, de toute évidence, davantage d’externalités négatives, et dont chaque petite action a un impact considérable sur les systèmes que nous espérons changer. La culture est stimulée par les plus agiles… Et l’impact est amplifié par les grandes entités qui sont en phase. C’est quelque chose que New York fait comprendre à tout le monde, tous les jours.
L’écosystème qui fonctionne vraiment
Il n’y a pas si longtemps, il s’agissait de concepts que nous essayions seulement de faire connaître.
Et maintenant? Ils sont devenus pleinement fonctionnels.
En 2015, la ville de New York est devenue la première municipalité au monde à collaborer avec le B Lab pour la campagne « Best for NYC » (le meilleur pour New York) [en anglais]. La société de développement économique NYCEDC (New York City Economic Development Corporation) n’a pas seulement appuyé le mouvement B Corp, elle l’a aussi intégré dans sa stratégie de développement économique. L’objectif était d’amener 500 entreprises à utiliser l’évaluation d’impact du B Lab afin de mesurer et d’améliorer les pratiques en matière de diversité, de rémunération des employé.e.s, de gouvernance et d’impact communautaire.
Voici ce qui a rendu cette initiative différente : il ne s’agissait pas seulement d’une collaboration entre des entreprises et le gouvernement. Elle a amené le gouvernement, le milieu universitaire, des entreprises, ainsi que des organismes sans but lucratif et communautaires à travailler ensemble. La Chambre de commerce de Brooklyn. L’organisme CAMBA [en anglais]. Les centres de solutions pour entreprises (Business Solutions Centers) des cinq arrondissements de New York. Le président d’arrondissement Gale Brewer [en anglais] l’a présenté comme « une occasion pour la ville de New York d’aider les entreprises à mesurer et à renforcer leurs efforts. […] Nous les aidons à ouvrir la voie et à réussir. »

Les liens ont ensuite commencé à se multiplier. La société NYCEDC a lancé le programme ConstructNYC [en anglais] afin de soutenir les entreprises appartenant à des femmes et à des personnes issues de groupes minoritaires et de milieux défavorisés (DBE, Disadvantaged Business Enterprise) en leur offrant des formations et des occasions de contrat dans le secteur de l’économie verte.
Lorsque New York a adopté la Loi sur la mobilisation climatique (Climate Mobilization Act) et que les immeubles ont eu besoin de milliards de dollars d’investissement pour les rénovations énergétiques, qui s’est associé afin de fournir des services de conseil en finance d’entreprise aux sociétés de construction appartenant à des femmes, à des personnes de groupes minoritaires et à des DBE? La société NYCEDC, l’institution financière BOC Capital Corp [en anglais] et l’université de Columbia. Le monde des affaires. Un organisme financier sans but lucratif. Le milieu universitaire. Travaillant ensemble.
Le Centre Wilson pour l’entrepreneuriat social (Wilson Center for Social Entrepreneurship) [en anglais] de l’université Pace a accueilli comme entreprise sociale en résidence Impact Hub NYC [en anglais], une B Corp qui met en relation 15 000 entrepreneures sociales et entrepreneurs sociaux avec des investisseuses et des investisseurs à impact dans 83 endroits dans le monde. Les écoles de commerce de NYU Stern et de l’université de Columbia offrent des exonérations de remboursement de prêts aux diplômé.e.s qui travaillent pour des B Corp, reconnaissant que ces entreprises représentent un modèle différent valant la peine d’être soutenu.
Voici ce à quoi ressemble la création d’un écosystème lorsqu’elle est concrète.
Obtenez le guide pour mettre le domaine des affaires publiques et de l’action collective en pratique
Ce guide du B Lab États-Unis et Canada [en anglais] fournit des exemples et des ressources de B Corp et de partenaires en vue d’aider les entreprises à se conformer aux normes du très important domaine d’impact des affaires publiques et de l’action collective (APAC).
Le travail discret qui compte
Prenez l’exemple de Spring Bank [en anglais]. Ce n’est pas l’une des banques les plus connues. Ce n’est pas celle qui fait le plus de bruit. Mais, il s’agit de la première banque à avoir obtenu la certification B Corp dans l’État de New York et de celle qui est la mieux notée à l’échelle nationale, avec un score de 165,9. Bien sûr, le système des scores a été supprimé dans la version 2.1 des normes du B Lab. Reconnaissons toutefois les efforts qui ont été déployés pour obtenir ce type de score.
Spring Bank est une institution financière de développement communautaire fondée en 2007 dans le South Bronx. Elle est la seule banque à avoir établi son siège social à cet emplacement en plus de trente ans. Elle sert les quartiers où les entreprises d’encaissement de chèques et les agences de prêts à des conditions abusives sont plus fréquentes que les banques traditionnelles. L’institution vient d’ouvrir une succursale dans le quartier de Red Hook, à Brooklyn, un « désert bancaire » où les résident.e.s rencontrent des difficultés pour accéder à des services financiers de base.

Sprink Bank collabore avec des organismes sans but lucratif, avec le Département d’État de l’État de New York et avec des organismes communautaires comme Ariva pour offrir gratuitement de l’éducation et des capacités financières. Dans le cadre de partenariats avec l’entreprise sociale sans but lucratif Neighborhood Trust Financial Partners, elle propose des « prêts d’occasion » aux employé.e.s pour leur permettre de bâtir un historique de crédit et d’éviter les cycles de dettes. Elle a aidé des propriétaires de restaurant à obtenir le financement nécessaire pour ouvrir un point de restauration [en anglais] dans l’épicerie Whole Foods à Harlem. Elle fournit des prêts aux petites entreprises et des micro-prêts aux sociétés qui ne ressemblent en rien à celles généralement financées par les banques plus grandes.
Elle ne le fait pas pour être applaudie. Elle le fait parce que le travail constitue en lui-même tout l’intérêt.
Un autre exemple est WOCstar Capital [en anglais], une entreprise certifiée B qui gère le réseau Women.NYC en partenariat avec la société NYCEDC. Le réseau relie plus de 80 000 femmes à des occasions. Plus de 1 800 d’entre elles participent à des programmes structurés qui créent de vraies voies d’accès aux capitaux propres historiquement hors de portée. Ce n’est pas de la sensibilisation. Il s’agit d’une infrastructure de développement économique.
Orijin s’est associée à des établissements correctionnels et à des agences d’État dans plusieurs États pour fournir des solutions d’apprentissage numérique et de perfectionnement professionnel aux personnes incarcérées. Nommée en 2025 par Jobs for the Future dans sa liste des innovatrices et des innovateurs à surveiller [en anglais] et récipiendaire d’un prix NYC Beam Award, elle crée des systèmes durables qui changent les taux de récidives : le travail peu attrayant et difficile d’offrir une deuxième chance.
Le programme Renew de la marque Eileen Fisher [en anglais] a permis de détourner plus de deux millions de vêtements des sites d’enfouissement en les envoyant à sa petite usine (qu’elle appelle « Tiny Factory ») à Irvington, pour les transformer en créations complètement nouvelles. Faherty est devenue une entreprise « B1 », c’est-à-dire une B Corp membre du réseau 1% for the Planet. Son programme circulaire Second Wave a permis d’empêcher la mise en décharge de 13 154 kilogrammes (29 000 livres) de vêtements en 2024 seulement. Lorsqu’elle a lancé une gamme de produits en coton issu de l’agriculture régénératrice, ses ventes ont bondi de 103 % par rapport à l’année précédente. Les client.e.s ne sont pas dépourvu.e.s de bon sens. Elles et ils savent reconnaître quand le travail est réel.
Ce qui rend ce système possible
La communauté B Local NYC [en anglais] réunit des entreprises comme celles-ci, ainsi que Uncommon Goods [en anglais], Lukes Lobster, BBMG, Tony’s Chocolony, Just Salad, Ecodeo, Davines, Amalgamated Bank, Prose, Consciously® et Gotham Greens. Et ce, non pas pour des opérations photo, mais pour du réseautage délibéré, des collaborations stratégiques, des échanges de ressources, et, oui… pour la communauté. Le conseil d’administration est géré par des bénévoles provenant d’entreprises membres et de parties prenantes de l’organisme NYC Social Innovation qui comprennent que consolider la communauté permet de renforcer tout le monde.
Et, il y a désormais le maire Zohran Mamdani, investi le 1er janvier, qui a été élu sur la base d’une plateforme fondée sur des services d’autobus gratuits, des services de garde d’enfants universels, la hausse du salaire minimum à 30 $ US d’ici 2030 et le gel des loyers. Son équipe de transition compte en son sein l’ancienne présidente de FTC, Lina Khan. Ce cabinet est doté de personnes qui comprennent que les entreprises peuvent être une force au service du bien public, non pas malgré les bénéfices, mais grâce à leur harmonisation avec les besoins de la communauté.
Les B Corp auxquelles je parle n’attendent pas de voir ce qu’il va se passer. Elles demandent comment elles peuvent soutenir les engagements qui ont déjà été pris. Voici ce qu’il se passe quand des politiques progressistes rencontrent des entreprises engagées, quand la vision du secteur public est reliée à la capacité d’exécution du secteur privé.
Le vrai élément à retenir

J’adore New York pour m’avoir donné la possibilité d’être complètement moi-même dans mes affaires et dans ma vie personnelle.
Ce que j’entrevois ici, et ce que je souhaite partager, c’est que l’avenir ne consiste pas à choisir son camp entre les idéologies politiques, les entreprises, les organismes sans but lucratif, le gouvernement, le milieu universitaire ou les communautés. L’avenir repose sur la collaboration de toutes ses parties prenantes, chacune amenant son expertise et permettant ainsi aux autres d’aller plus loin.
Les B Corp créent des mini-systèmes. Les établissements universitaires forment les talents et effectuent la recherche. Le gouvernement crée des politiques de soutien et ouvre les portes. Les organismes sans but lucratif apportent leur expertise relative à la mission et la confiance de la communauté. Les investisseuses et les investisseurs fournissent des capitaux propres en phase avec les valeurs. Les organismes communautaires ancrent le tout dans l’expérience.
Rien de cela ne peut fonctionner seul. Tout cela fonctionne ensemble. Et les B Corp doivent mener la charge.
C’est la leçon que New York nous réapprend à propos d’être une B Corp : il ne faut pas considérer la certification comme un accomplissement individuel. Elle doit être envisagée comme la participation à un mouvement qui réussit seulement lorsqu’il crée sa puissance collectivement. Lorsqu’il établit des liens. Lorsqu’il signe les chèques. Lorsqu’il rejoint la communauté des personnes qui réalisent le travail. Lorsqu’il rend possible les initiatives.
Le travail n’est pas facile. Il ne l’a jamais été. Mais il se produit. En ce moment. À New York et au-delà.
Vous souhaitez en savoir plus sur ce que les entreprises de New York font au service des personnes et de la planète? Consultez le site Web de la communauté B Local NYC [en anglais] pour trouver des listes d’entreprises, des ressources et les dernières nouvelles.
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