Redéfinir le capital : un appel intersectionnel à l’action pour la Journée internationale des droits des femmes

March 17, 2026

Lors de la Journée internationale des droits des femmes, nous célébrons l’innovation, la résilience et le leadership des entrepreneures du monde entier. Toutefois, ce n’est pas suffisant de célébrer sans responsabiliser. L’un des obstacles les plus persistants et déterminants auxquels sont confrontées les entreprises dirigées et détenues par des femmes est l’accès aux capitaux.

Malgré des décennies de discussion à propos de l’équité dans le secteur de l’entrepreneuriat, le capital-risque continue de façonner le discours dominant autour de la croissance. Pourtant, les femmes ne reçoivent qu’une fraction des fonds du capital-risque investis à l’échelle de la planète, et les chiffres sont encore plus frappants pour les femmes de la majorité mondiale. L’écart n’est pas dû à un manque d’ambition ou de capacités. Il découle de systèmes conçus pour récompenser la familiarité.

Comme la DG de Wocstar Capital [en anglais],  Gayle Jennings O’Byrne [en anglais],  l’a remarqué : « L’accès aux capitaux demeure l’un des obstacles déterminants pour les entreprises dirigées par des femmes. Le capital-risque continue de façonner le discours autour de la croissance. Pourtant, les femmes ne reçoivent qu’une petite fraction de ces dollars. […] Le capital n’est pas seulement de l’argent. C’est aussi l’accès aux réseaux, aux informations et aux tables où les décisions sont prises. »

Ses mots soulignent une vérité essentielle : le capital est autant une question de proximité et de pouvoir que de dollars.

L’influence des partis pris sur la quête de capitaux

Le modèle traditionnel de « l’entreprise risquée » s’appuie sur la reconnaissance de schémas. Les investisseuses et les investisseurs sont formé.e.s à rechercher des fondatrices et des fondateurs qui ressemblent aux « réussites » du passé. Le leadership se mesure souvent par rapport à un archétype tacite qui correspond généralement à un homme blanc soutenu par des cercles d’élites. Les normes encadrant les argumentaires de vente récompensent les prévisions de croissance agressives, les stratégies d’expansion offensives et rapides, ainsi que les persona de fondatrices et de fondateurs en phase avec la définition étroite de « visionnaire ».

Les décisions de financement, comme Jennings O’Byrne l’a expliqué, sont fréquemment influencées par la familiarité. Lorsque les accès dépendent de cercles fermés et de présentations chaleureuses, des fondatrices et des fondateurs capables sont systématiquement négligé.e.s. Les femmes issues de la majorité mondiale s’assoient souvent autour de tables où elles sont sous-représentées, voire complètement absentes. Il en résulte un cycle qui s’auto-perpétue : les capitaux affluent là où ils ont déjà afflué.

Si nous envisageons sérieusement la justice économique, nous devons nous interroger sur qui bénéficie des financements, mais aussi sur la manière dont les décisions de financement sont prises.

Réinventer la définition du « capital »

Pour réinventer le capital, il est nécessaire d’élargir sa définition au-delà du capital-risque. Pour de nombreuses entrepreneures, en particulier celles qui créent des entreprises ancrées dans la communauté, la durabilité et la propriété peuvent compter plus que l’hypercroissance.

D’autres stratégies commencent déjà à redessiner les contours du capital :

  • Le financement basé sur les revenus permet aux fondatrices et aux fondateurs de rembourser les investisseuses et les investisseurs en leur versant un pourcentage des recettes plutôt qu’en cédant des parts de capitaux propres.
  • Les fonds d’investissement communautaire permettent de mettre en commun les ressources pour investir localement et mettre en phase le rendement avec la prospérité partagée.
  • Le financement participatif fonctionne comme du capital relationnel, en s’appuyant sur la confiance et le soutien communautaire sans dépendre de l’approbation d’un contrôleur.
  • Les modèles de propriété coopérative sont des entreprises dans lesquelles les employé.e.s ou les membres de la communauté se partagent la gouvernance et la création de richesse.
  • Les modèles d’épargne rotative ou différée, tels que les « tandas » [en anglais] ou associations d’épargne et de crédit différé (de type AVEC) et les « sou-sou » [en anglais], aussi appelées tontines rotatives, permettent depuis longtemps aux communautés de s’autofinancer en dehors des systèmes bancaires traditionnels.
  • Les structures de capitaux philanthropiques et hybrides combinent des subventions, des emprunts à faible taux d’intérêt et des capitaux propres afin de limiter les risques pour les fondatrices et les fondateurs en phase de lancement.
  • Les partenariats d’entreprises dans la chaîne d’approvisionnement permettent d’obtenir des contrats garantis, ainsi que des occasions de distribution et d’approvisionnement, qui sont des formes d’accès potentiellement plus transformatrices qu’un chèque.

Ces modèles reconnaissent que le capital est multidimensionnel. Il englobe le savoir, les relations, la crédibilité et la propriété. Ce n’est pas seulement une question de recherche de capital. Il s’agit de bâtir des entreprises écoresponsables qui créent de la valeur à long terme.

S’attaquer au système de front

Pour changer les discours, il faut des institutions désireuses de remettre en cause le statu quo.

Des réseaux comme WeTheChange [en anglais], une communauté mondiale de femmes au sein du mouvement B Corp, font avancer collectivement la promotion de l’équité entre les genres dans le monde des affaires. Grâce à la communauté, à la défense de politiques et à la responsabilisation, elles modifient les dynamiques dans l’écosystème B Corp, notamment au niveau de l’influence et de l’accessibilité. En tirant parti de leurs voix collectives, les membres s’attaquent aux obstacles structurels, et pas seulement aux résultats individuels.

« Les entreprises appartenant à des femmes continuent d’être mal desservies par tout le monde, du capital-risque aux prêts de la SBA (Small Business Administration, soit l’administration des petites entreprises aux États-Unis). Et les options sont particulièrement limitées pour les entreprises de service », a affirmé l’ancienne directrice des partenariats stratégiques de WeTheChange. Elle a ajouté que les entreprises engagées sont généralement négligées. « Il n’existe aucun véhicule d’investissement axé sur les B Corp, malgré des études qui prouvent que ces entreprises sont plus résilientes dans les périodes économiques difficiles. »

Des programmes comme Level [en anglais] agissent également directement en donnant aux fondatrices les moyens dont elles ont besoin pour se frayer un chemin dans le monde des capitaux. Le programme Level est né de l’idée qu’en travaillant ensemble en vue de l’objectif commun d’investir dans les femmes, elles peuvent contribuer à la cause et tisser des relations transraciales authentiques, conduisant à la création d’un réseau multiracial unique et solide.

D’une manière similaire, Wocstar Capital se concentre sur la littératie du capital et le positionnement stratégique, en aidant les fondatrices à évaluer le financement par capital-risque en parallèle d’autres voies possibles. Le but ne consiste pas seulement à aider les femmes à collecter des fonds, mais aussi à assurer qu’elles peuvent créer des entreprises évolutives tout en préservant leur propriété et leur faculté d’agir.

Ces efforts constituent un passage du stade de la bienfaisance à la phase de changement structurel. Ils reconnaissent qu’il ne s’agit pas d’un problème de flux, mais de pouvoir.

Un impératif intersectionnel

Une perspective intersectionnelle montre clairement que toutes les femmes ne subissent pas les écarts de financement de la même manière. Les femmes issues de la majorité mondiale sont confrontées à des obstacles multiples liés à l’origine ethnique, à la région de résidence et aux disparités de richesse entre les générations. Un grand nombre d’entre elles exercent leurs activités dans des marchés historiquement exclus des flux d’investissement traditionnels. D’autres ne disposent pas de réseaux hérités qui facilitent la recherche de capitaux.

Pourtant, ces entrepreneures sont souvent très intégrées dans leurs communautés et elles créent des entreprises qui répondent à des besoins réels, tels que l’accès aux soins de santé, les systèmes alimentaires, l’éducation, la résilience climatique, et bien d’autres. Lorsqu’elles sont sous-financées, ce sont des communautés entières qui perdent des occasions.

La Journée internationale des droits des femmes nous appelle à mettre en lumière ces disparités, mais aussi à redéfinir la réussite. Et si la croissance se mesurait en fonction de l’impact communautaire et de la richesse partagée? Et si les fournisseuses et les fournisseurs de capitaux valorisaient la stabilité à long terme plutôt que la sortie à court terme? Et si les places autour des tables de décisions étaient réparties plus équitablement?

Comme Jennings O’Byrne nous l’a rappelé, le capital se résume aux réseaux et aux accès. Élargir l’accès à ces tables, et le profil des personnes qui sont invitées à s’y asseoir, est une question de justice économique.

L’avenir de l’entrepreneuriat ne sera pas conçu en reproduisant les schémas du passé. Il sera créé en réinventant audacieusement le capital, la propriété et le profil des personnes qui sont dignes de confiance pour diriger.

Pour la Journée internationale des femmes, l’appel est clair. L’accès équitable aux capitaux n’est pas le problème des femmes, mais un impératif économique.

 

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