Les 20 ans du mouvement B Corp – Partie 1 : le passé
September 15, 2026
Alors que le B LabMD célèbre ses vingt ans, nous souhaitons prendre un moment pour réfléchir à notre parcours jusqu’ici.
Les fondateurs

L’équipe d’associés de l’entreprise AND1, photo prise en 2001. Les fondateurs du B Lab, Bart Houlahan et Jay Coen Gilbert, se trouvent respectivement à la deuxième et à la troisième place en partant de la gauche.
Lorsque Bart Houlahan et Jay Coen Gilbert ont vendu AND1 en 2005, ils ont eu l’occasion d’observer ce qui peut arriver à la conscience d’une entreprise lorsque ses propriétaires changent. Ils avaient bâti une marque de basketball axée sur la contribution à la communauté, les pratiques de travail équitables et des avantages sur lesquels leurs employé.e.s pouvaient compter.
Cependant, aucune de ces valeurs n’avait été inscrite noir sur blanc dans la structure de l’entreprise. Il a donc seulement fallu un changement de propriétaires pour qu’elles disparaissent. La leçon a donné à réfléchir, mais elle a permis de clarifier un point : les bonnes intentions ne résistent pas à l’épreuve du bilan comptable, à moins qu’une structure ne les maintienne en place.
Ils ont donc décidé de mettre en place à l’avenir les garde-fous qu’AND1 n’avait jamais eus. En 2006, Houlahan et Coen Gilbert se sont associés à Andrew Kassoy, un ami de longue date qui avait travaillé pendant seize ans dans le secteur de l’investissement en capital.
Deux exploitants et un investisseur se posaient la même question : peut-on évaluer une entreprise en fonction de la manière dont elle traite son personnel, sa communauté et la planète avec la même rigueur qu’elle utilise pour évaluer ses bénéfices? L’idée qu’une entreprise devrait répondre à des parties autres que ses actionnaires était à contre-courant à cette époque-là. Ils ont donc élaboré ce qui manquait : un moyen d’évaluer comment une entreprise traite les personnes et les lieux qu’elle touche, ainsi qu’une forme juridique pour l’ancrer dans sa structure. Voilà l’origine du B Lab.
Décider ce qui fait une B CorpMD
Elizabeth Killough de la fondation UnTours a résumé ce que les entreprises recherchaient à l’origine : « Chez UnTours, nous n’avions pas besoin que l’on nous convainque que les entreprises pouvaient être une force au service du bien. Nous avions besoin d’un moyen pour le démontrer. La certification B Corp nous a donné cette preuve. »
Les fondateurs ont créé deux éléments. Le premier a été une évaluation qui pose aux entreprises des centaines de questions sur leur impact et qui produit un score impossible à truquer. Le deuxième a rendu les engagements des entreprises contraignants : une forme juridique, la « benefit corporation » (équivalent de la société d’intérêt social au Canada), qui permet d’inscrire ces engagements dans les statuts. Les prochains propriétaires héritent ainsi de la conscience de l’entreprise en même temps que de ses actifs.
L’État du Maryland a été le premier à adopter la forme juridique de « benefit corporation » en 2010, donnant ainsi à l’idée des fondateurs sa première base légale : une entreprise pouvait désormais inscrire sa mission dans ses statuts et obtenir l’appui des tribunaux. Plus de quarante territoires administratifs ont ensuite emboîté le pas. La structure de soutien était maintenant consolidée afin de durer plus longtemps que les personnes qu’elle supporte.
Créer une révolution B Corp

Photo d’un groupe de participant.e.s au sommet Beyond du B Lab Europe en 2024.
Une norme n’a aucune valeur tant qu’une entreprise n’accepte pas de s’y conformer. En 2007, quatre-vingt-une entreprises se sont engagées à la respecter. Chacune d’entre elles a signé la Déclaration d’interdépendance au moment de sa certification, et elles sont devenues ensemble les B Corp fondatrices.
La cohorte comprenait notamment une entreprise de farine fondée en 1790 et détenue par ses employé.e.s, une jeune entreprise spécialisée dans les produits de nettoyage, une société de fabrication de sabots, une société importatrice de maté et un café à Philadelphie. Il s’agissait de sociétés ordinaires, dirigées par des personnes ayant décidé que les entreprises pouvaient être tenues responsables au-delà des gains qu’elles rapportaient.
Le nom de la déclaration qu’elles ont signé fait écho à celui du document signé deux siècles auparavant à Philadelphie, non loin d’où le B Lab s’est installé : interdépendance, comme une réponse à la Déclaration d’indépendance.

Les fondateurs du B Lab, de gauche à droite : Bart Houlahan, Jay Coen Gilbert et Andrew Kassoy.
Ce terme continue d’unifier le mouvement. La Déclaration demandait aux B Corp fondatrices de diriger leurs entreprises « comme si les personnes et les lieux comptaient » et d’agir en partant du principe que leurs choix avaient un impact bien au-delà de leurs murs. Depuis, chaque entreprise certifiée l’a signée aussi, des quatre-vingt-une initiales aux plus de dix mille aujourd’hui. Donc, quand la campagne du vingtième anniversaire [en anglais] nous présente comme interdépendantes depuis 2006, elle ne fait que réciter le document fondateur.
Ce que cette première cohorte d’entreprises a lancé n’a fait que prendre de l’ampleur. Parmi les entreprises fondatrices toujours certifiées deux décennies plus tard, citons Seventh Generation [en anglais], BBMG [en anglais] et King Arthur [en anglais] : preuve que la conscience et les bénéfices peuvent se partager l’état des résultats. Le modèle a transcendé les frontières, les secteurs d’activités et les tailles d’entreprise jusqu’à ce que la question posée par les fondateurs cesse d’être considérée comme radicale et devienne la base de référence.
Cette coalition est demeurée forte, précisément parce que chaque membre s’efforce individuellement de refléter les valeurs fondatrices du mouvement. « En février 2008, Brand Geek a signé la Déclaration d’interdépendance et nous sommes depuis des évangélistes du B (B-vangélistes) », a écrit Lara Pearson, l’avocate qui dirige Brand Geek, un cabinet juridique certifié B qui s’est « engagé à faire croître l’impact de ce mouvement ».
Lara a expliqué que l’un des facteurs de motivation est de faire partie « d’un mouvement qui est bien plus large que n’importe quelle entreprise et qui est explicitement engagé en faveur de la justice et de l’équité; un mouvement dont l’heure n’a peut-être toujours pas sonné alors que nous reconnaissons tout le travail qu’il reste à accomplir ».
Ce mouvement est arrivé pour la première fois au Canada en 2012, lorsque Green Living Enterprises est devenue l’une des premières B Corp fondatrices du pays. La créatrice de l’entreprise, Laurie Simmonds, plaidait en faveur du cas depuis des années : « Nous avons lancé Green Living Enterprises en 1999 avec une croyance simple : les consommatrices et les consommateurs votent avec leurs dollars. Devenir une B Corp canadienne fondatrice représentait une prolongation naturelle de ce que nous défendons depuis le début : les entreprises peuvent être une force au service du bien. »
Si vous demandez aux entreprises toujours engagées dans le mouvement ce qui les a incitées à rester, un grand nombre d’entre elles vous répondront : la communauté. Bryan Miller de BBMG, l’une des quatre-vingt-une entreprises fondatrices, se souvient de l’époque où le logo n’avait pas la même reconnaissance qu’aujourd’hui : « Nous sommes une B Corp depuis le début, lorsque le logo ne signifiait peu ou rien pour les personnes en dehors du mouvement. Pour nous, ce qui maintient son importance, c’est la communauté, c’est-à-dire les personnes qui ne nous laissent pas nous contenter de dire les bonnes choses mais qui attendent de nous que nous les mettions vraiment en pratique. »
Se souvenir d’un fondateur que nous avons perdu
Peu avant ce jalon majeur dans l’histoire du B Lab, la communauté B Corp a perdu un fondateur et un dirigeant, Andrew Kassoy [en anglais], décédé en 2025 après avoir lutté deux ans contre le cancer. Il a bâti sa carrière à l’intérieur de la machine qu’il a, en fin de compte, entrepris de changer. Après les attaques du 11 septembre, il a recherché une autre manière d’utiliser les capitaux.

Le défunt cofondateur du B Lab, Andrew Kassoy.
Andrew croyait que le travail devait être accompli avec ce qu’il appelait « un devoir de diligence ». Il employait cette expression à la fois comme une mise en garde et comme une valeur, c’est-à-dire qu’il est possible de gagner le débat en faveur d’une nouvelle économie tout en la bâtissant avec la même insouciance que l’ancienne si on ne la crée pas de manière délibérée.
« Notre travail, à tout le monde, est d’affaiblir les puissants remparts de la résistance à un nouveau système », affirmait-il. « À une époque où tant de gens font preuve d’insouciance et où tant de personnes manquent de courage moral, c’est à nous de redoubler d’attention et de ténacité. Et c’est bien plus facile et bien plus efficace si nous le faisons ensemble. »
Plus tard cette année, le B Lab lancera le prix Andrew Kassoy pour l’action collective afin de perpétuer cette croyance.
Des débuts modestes au prélude d’un mouvement B Corp mondial

Photo de participant.e.s à la Retraite des champion.ne.s 2026 à Milwaukee.
Vingt ans après, la question initiale des fondateurs, à propos de la manière de mesurer l’impact d’une entreprise, a obtenu une réponse qu’ils n’auraient pas pu anticiper en 2006.
Il existe désormais plus de 10 000 entreprises certifiées B dans plus de 100 pays, employant collectivement plus d’un million de collaboratrices et collaborateurs. Et le principe selon lequel une entreprise doit répondre à plus de parties que ses actionnaires est inscrit dans la loi de plus de cinquante territoires administratifs. La structure de soutien a tenu bon.
La structure que les fondateurs ont bâti n’a jamais été destinée à leur appartenir. Elle avait pour but de soutenir toutes les personnes qui viendraient après eux. Deux décennies plus tard, elle les soutient toujours.
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