L’expérience d’un adopteur précoce : entretien avec Jeffrey D. Stewart d’Enharmonics Encounters

July 6, 2026

Alors que le B LabMD célèbre son vingtième anniversaire, il entre également dans une nouvelle ère de la certification B CorpMD. La version 2 des normes du B Lab a été publiée l’an passé, et depuis mars 2026, ces normes constituent désormais les nouveaux critères que les entreprises doivent respecter pour obtenir la certification B Corp  [en anglais].

Celles qui procèdent au renouvellement de la certification cette année vont probablement connaître une période de transition et d’ajustement, tandis qu’elles examinent comment les nouveaux critères s’appliquent spécifiquement à la taille, à la structure et à la portée de l’impact de leur organisation.

Elles n’ont heureusement pas besoin d’entreprendre ce parcours seules. Des entreprises comme Enharmonic Encounters fournissent des conseils et un accompagnement aux aspirantes B Corp et aux entreprises certifiées B actuelles qui cherchent à comprendre la version 2 des normes du B Lab et à réussir sa mise en œuvre.

D’ailleurs, Enharmonic Encounters ne fait pas que parler. En effet, elle a joint le geste à la parole en devenant la première B Corp aux États-Unis à renouveler sa certification selon la version 2 des normes du B Lab. De ce fait, elle est particulièrement bien préparée pour servir de guide et soutenir les entreprises pendant le processus de certification et de renouvellement de la certification B Corp.

Afin d’aider les B Corp à mieux comprendre à quoi ressemble ce processus, et d’obtenir le témoignage direct d’un dirigeant d’entreprise pionnier dans ce domaine d’expertise, B The Change s’est entretenu avec Jeffrey D. Stewart, Tr. Cert., d’Enharmonic Encounters pour découvrir son expérience et son point de vue sur le processus de renouvellement de la certification.

Lauren Everett (responsable du contenu et de la narration numérique au B Lab États-Unis et Canada) : Félicitations, vous êtes l’une des premières B Corp de la région à avoir renouvelé votre certification. Si vous ne deviez retenir qu’un élément que vous souhaiteriez faire comprendre aux entreprises entreprenant le parcours de certification et de renouvellement de la certification, LEquel serait-il?

Jeffrey D. Stewart, Tr. Cert. (fondateur et directeur général d’Enharmonic Encounters)

Jeffrey D. Stewart, Tr. Cert. (fondateur et directeur général d’Enharmonic Encounters) : Merci! En tant qu’entreprise chef de file profondément engagée de plusieurs manières dans cet écosystème, comme consultante qui accompagne personnellement les entreprises dans leurs parcours de certification B Corp et professionnelle de la langue qui amplifie les voies des parties prenantes non anglophones dans l’ensemble de notre consolidation mondiale, entre autres, nous tenions absolument à nous positionner à l’avant-garde de cette transition importante vers la version 2 des normes du B Lab. Nous souhaitions donner un exemple à notre écosystème pour atténuer l’incertitude (ou même l’anxiété) qu’un grand nombre d’entre nous ressentent au sujet de ces nouvelles exigences.

Comme nous sommes nous-mêmes une petite entreprise, notre principal objectif en renouvelant proactivement notre certification était vraiment de prouver que la conformité est, en fait, une quête réaliste et un parcours qui en vaut la peine, même pour les plus petites entreprises.

La vérité est que les petites entreprises constituent toujours le pilier de l’activité de notre écosystème commercial. Alors que beaucoup d’entre nous éprouvent un certain sentiment d’incertitude quant à notre capacité à rester membre de notre réseau B Corp mondial, nous croyons incarner la source d’inspiration dont notre écosystème a besoin. En fin de compte, nous avons pris l’initiative de renouveler notre certification selon les nouvelles normes du B Lab dans l’intérêt de notre écosystème.

Les expériences et les leçons que nous avons tirées de la réalisation du cycle complet de la certification nous ont outillé.e.s pour servir plus efficacement nos partenaires dans leur parcours de certification B Corp et pour être des défenseur.e.s mieux éclairé.e.s des piliers de la certification. Nous pouvons traduire les normes en des termes que les entreprises peuvent comprendre et mettre en œuvre sur le terrain, ce que nous pouvons démontrer grâce à nos accomplissements.

Lauren : Je souhaitais connaître votre perspective comme vous présentez cette dualité au sein de la communauté. En effet, vous avez votre expérience personnelle en matière de recherche, mais aussi toutes ces années en tant que consultant. Comment envisagez-vous d’accompagner les entreprises engagées dans ce parcours de recherche, étant donné que vous l’avez vous-même réalisé?

Jeffrey : Ma vision de notre accompagnement découle vraiment de ce que nous avons appris en réalisant le cycle complet de la certification.

Ce dont nous nous sommes principalement rendus compte pendant ce processus, c’est que notre travail est plus délibérément axé sur les principes JEDI que nous le pensions initialement. Notre déclaration de mission, que nous avons récemment publiée, affirme que notre objectif est de favoriser l’émergence d’une société globale qui reflète davantage notre diversité [celle de notre pays]. Cette mission se répercute et prend forme dans chaque exigence couverte par les nouvelles normes, que je vous encourage à consulter sur notre page Impact [en anglais], récemment mise à jour, où nous avons rendu toutes nos données probantes publiquement accessibles à toutes les parties prenantes.

À l’issue de ce parcours, notre identité et nos priorités sont plus en phase que jamais. Le véritable enjeu dans ce que nous essayons de réaliser en tirant parti de cette expérience, c’est d’attirer davantage d’entreprises appartenant à des personnes noires et de couleur dans notre écosystème, en particulier aux États-Unis et au Canada. Notre niveau de représentation n’est déjà pas très élevé. Je le vois dans le fait que notre entreprise est l’une des premières à gagner en visibilité dans notre région. C’est un levier qui peut être exploité pour vraiment s’adresser au réseau des personnes autochtones, noires et de couleur et aux nouvelles entreprises appartenant à des personnes issues de minorités qui envisagent éventuellement la certification [B Corp].

L’une de mes préoccupations est que ces entreprises peuvent se sentir un peu dépassées avant même d’avoir commencé. J’ai parfois encore l’impression que l’écosystème est un peu hors de portée pour les entreprises, si l’on considère l’investissement que cela représente, tant du point de vue de la certification elle-même que de l’investissement financier requis tous les ans pour la maintenir. Malheureusement, avec cette transition, certaines entreprises sont découragées et elles peuvent se montrer hésitantes face aux frais généraux que les nouvelles normes semblent exiger.

Ce que nous souhaitons, c’est mener une action forte et démontrer de manière convaincante que cela vaut la peine de rester dans la communauté et de se mettre sur la voie de la conformité. Les professionnel.le.s noir.e.s et de couleur doivent se reconnaître dans cet espace. Nous nous rendons donc compte que, de notre point de vue, nous occupons une place privilégiée pour travailler en vue de cet objectif. Nous l’avons inscrit dans notre mission et nous souhaitons vraiment utiliser ce moment pour favoriser l’essor des entreprises appartenant à des personnes noires et de couleur dans l’écosystème B Corp.

Lauren : Je suis heureuse que vous ayez abordé ce point! C’était très bien dit. J’ai une autre question concernant votre optique et votre état d’esprit lorsque vous vous êtes lancé.e.s dans le parcours du renouvellement de la certification, particulièrement en tant que petite entreprise. J’ai entendu plusieurs B Corp dire que rien qu’en jetant un œil aux nouvelles normes, le parcours semble terrifiant, voire insurmontable. Avez-vous ressenti la même chose? Et, si c’est le cas, comment ce sentiment a-t-il évolué au cours du processus de renouvellement de la certification?

Jeffrey : C’est une excellente question. Je dirais qu’au début, le parcours a paru, à un certain degré, terrifiant.

Je dois avouer que je n’ai pas lu le document d’environ 1 000 pages qui explique les normes de manière exhaustive. J’ai plutôt appris en suivant les cours sur les domaines d’impact sur Thinkific [en anglais] et en participant à tous les webinaires offerts. C’est seulement après avoir obtenu cet aperçu initial que je me suis rendu sur la plateforme et que j’ai essayé de créer un lien entre notre entreprise et les exigences spécifiques, en m’appuyant sur ce que j’avais appris dans toutes ces ressources.

Je crois que les petites entreprises seraient surprises de découvrir que les exigences ne sont en réalité pas aussi nombreuses qu’elles peuvent le croire. L’un des aspects de la composante éducative, c’est qu’elle devait être structurée autour d’une description précise des cas de figure que certaines entreprises pourraient connaître lorsqu’elles essaieront de se conformer.

Les animatrices et les animateurs ont présenté les normes sous différents angles pour montrer comment les critères peuvent changer selon si votre entreprise est une PME ou si vous exercez vos activités dans un secteur ayant une forte empreinte environnementale.

En ce qui concerne les petites entreprises comme la nôtre et de nombreuses autres, nous fournissons des services. Ceci modifie le degré d’intensité des exigences.

Dans notre cas, nous avons dû, en réalité, couvrir une ou deux exigences dans le domaine d’impact de la gestion environnementale et de la circularité (GEC) et dans celui des droits de la personne (DH), car les normes des droits de la personne vont généralement de pair avec la GEC. Pour ce qui est des autres domaines d’impact, les normes de la mission et de la gouvernance des parties prenantes (MGPP) sont celles qui ont constitué notre plus grand défi. Dans ce seul domaine d’impact, trois exigences s’appliquaient directement à nous.

Pour la plupart des PME, elles ne devront donc, en réalité, se concentrer que sur une ou deux exigences dans chaque domaine d’impact, hormis dans celui de la mission et de la gouvernance des parties prenantes. Si votre entreprise ne compte pas d’employé.e.s, par exemple, les normes du travail équitable n’entrent pas en jeu. Vous devez donc couvrir six sur sept domaines d’impact, avec dans chacun, éventuellement, une ou deux exigences auxquelles vous devez vous conformer.

En commençant à décomposer les nouvelles normes de cette manière, les entreprises peuvent se sentir un peu plus à l’aise. Je comprends néanmoins que, malgré toutes les ressources qui ont été mises à disposition, les entreprises peuvent ne pas avoir le temps de les parcourir et d’en tirer par elles-mêmes une meilleure compréhension des normes.

Lauren : Et si l’on pense aux personnes qui exercent leurs activités en tant « qu’autoentrepreneur.e », en entendant par là sans employé.e.s, ou, peut-être, pour celles qui en ont mais qui n’ont pas la capacité de former une équipe au sein de leur entreprise ou d’affecter quelqu’un au rôle de « B Keeper », quels conseils leur donneriez-vous pour rendre ce processus plus gérable, en gardant à l’esprit ce qui sera différent par rapport aux exigences de la version 1.6 DES normes DU B Lab?

Jeffrey : En général, les entreprises doivent continuer à porter un certain degré d’attention à la certification tout au long de l’année et au cours de chaque année entre les vérifications.

L’un des sujets récurrents que nous avons observés avec la version 1.6 des normes du B Lab est que les entreprises obtenaient leur certification, puis mettaient les normes de côté pendant deux ans, deux ans et demi.

Dans le cas de certaines B Corp, après avoir obtenu leur certification, elles ne surveillaient pas vraiment de près les domaines qu’elles devaient contrôler pour demeurer conformes aux normes. De plus, elles ne s’engageaient peut-être pas suffisamment dans l’écosystème avec les autres B Corp, possiblement parce qu’elles ne ressentaient pas cette pression de continuer de s’éduquer et de rester dans un mode d’apprentissage actif. Puis, au moment de renouveler la certification, c’était un peu chaotique de rassembler tous les documents pour vérifier si elles étaient toujours admissibles sur la base des critères initiaux.

Avec la version 2 des normes du B Lab, une fois la première certification B Corp obtenue, il n’est plus possible d’adopter une approche du style « on répond aux exigences, puis on les oublie ». Je crois donc que les entreprises ne disposant pas de ressources en interne devront envisager une planification à plus long-terme pour la certification.

Je pense que cela doit faire partie intégrante de la stratégie maintenant, pour les entreprises qui souhaitent demeurer des B Corp. Vous devez en faire une priorité et l’intégrer dans l’affectation annuelle de vos ressources. Vous savez, certaines mesures doivent être prises tous les ans, ou mises à jour sur une base annuelle. Elles ne peuvent pas toujours être des actions de dernière minute, réalisées à la hâte quelques mois avant la présentation du dossier de renouvellement de la certification.

Il s’agit sans doute du plus grand changement auquel tout le monde devra s’adapter : considérer la certification comme un processus continu d’évaluation et de mise en œuvre. C’est bien sûr pour cela que des entreprises comme Enharmonic Encounters existent. Nous nous chargerons de cette tâche pour vous.

Lauren : Avez-vous d’autres conseils dont vous souhaiteriez faire part à la communauté et aux entreprises qui se préparent au renouvellement de leur certification, ou qui envisagent d’obtenir la certification B Corp, et pensent peut-être qu’il ne s’agit pas du tout du processus auquel elles s’attendaient?

Jeffrey : Au bout du compte, ce qu’il est important de retenir, c’est que les normes ont évolué. Elles sont sans aucun doute différentes, au point qu’il s’agira d’un processus continu d’apprentissage et de mise en œuvre pour tout le monde, y compris pour les entreprises qui sont certifiées B depuis le début.

Elles ont délibérément été élaborées de cette manière. Notre écosystème évolue pour essayer de relever les défis auxquels nous sommes confronté.e.s dans le monde actuel.

En parallèle, je tiens à ce que toutes les entreprises sachent qu’elles ne sont pas seules face à ces changements. Nous avons désormais, pour la première fois, des exemples de sociétés qui ont réalisé le cycle complet de la certification. Pas que nous, bien sûr. Des entreprises de toutes les tailles, dans des secteurs d’activités différents, ont maintenant terminé ou sont activement engagées dans le processus. Chaque histoire nous offre un aperçu concret de ce à quoi cela ressemble de parvenir à une pleine conformité. Il s’agit principalement de trouver l’avenue que vous devez suivre, c’est-à-dire comprendre quelles exigences s’appliquent spécifiquement à votre entreprise.

Je crois qu’une grande partie de l’anxiété découlait du fait que les nouvelles normes semblaient abstraites sous plusieurs angles et que les gens ne comprenaient pas très bien comment mettre en œuvre telle mesure ou se conformer à telle sous-exigence dans la pratique. Une fois que les entreprises peuvent évaluer des exemples concrets, ces expériences les rassurent et renforcent leur confiance. Enharmonic Encounters est vraiment fière et honorée de compter parmi ces entreprises qui ont commencé à montrer l’exemple.

Lauren : J’ai une dernière question pour vous. Comme le B Lab célèbre son vingtième anniversaire, j’ai demandé à de nombreuses personnes à quoi ressemble, selon elles, l’avenir du mouvement B Corp. Considérez cette question à partir de votre point de vue, c’est-à-dire avec votre expérience de l’évolution des normes et de la manière dont cela se traduit lorsque vous collaborez avec des entreprises aussi diversifiées. Avec cela en tête, quelle est votre vision pour le mouvement au cours des vingt prochaines années?

Jeffrey : Quelle est ma vision pour les vingt prochaines années?

Hé bien, pour ce qui est de l’impact que nous pouvons avoir au cours des vingt prochaines années, j’entrevois la pluralisation, c’est-à-dire la diversification, de cet écosystème et cette évolution comme une expérience étroitement liée à notre mission. Cette philosophie est peut-être plus spécifique à la région des États-Unis et du Canada. Toutefois, je pense qu’il s’agit d’une situation que vivent d’autres groupes marginalisés dans le monde alors qu’ils essaient de rejoindre ce mouvement mondial.

Il s’agit tout du moins de ce que nous avons découvert lorsque nous avons appliqué les nouvelles normes à notre entreprise. Notre identité en tant qu’entreprise appartenant à des personnes noires et notre objectif d’être au service des personnes et de la planète sont plus en phase que jamais.

Notre mission vise à faire émerger ce réseau social mondial, pour qu’il soit destiné à toutes les parties prenantes, qu’elles que soient leurs identités. Cependant, dans le cadre de cela, je souhaite vraiment voir les États-Unis [la communauté B Corp] mieux refléter leur propre diversité. Pour cela, au cours des vingt prochaines années, cet écosystème doit mettre de l’avant les voix et les histoires des parties prenantes noires et de couleur, ainsi que celles des autres personnes issues de groupes historiquement marginalisés. Parce que nous savons que les parties prenantes marginalisées ont des solutions à proposer et que nous nous engageons à les mettre en œuvre.

Nous pouvons apporter de grandes contributions aux personnes et à la planète. Ces voix doivent être entendues à la table des négociations. Et c’est là tout le but de notre mission.

Trouvez votre voie vers la certification B Corp selon la version 2 des normes du B Lab, mais ne pensez pas que vous devez suivre ce parcours seul.e!

Le B Lab États-Unis et Canada fournit une gamme abondante de ressources pour aider les entreprises à mieux comprendre la version 2 des normes du B Lab [en anglais]. Des ressources comme celles-ci et des entreprises comme Enharmonic Encounters peuvent apporter un soutien essentiel, que votre entreprise aspire à obtenir la certification, cherche à la renouveler ou soit une B Corp qui souhaite demeurer conforme aux normes tout au long de l’année.

Nous tenons à remercier Jeffrey d’avoir pris le temps de discuter avec nous et pour son dévouement à la communauté B Corp. Si nous pouvons contribuer à une vision commune tout en nous soutenant mutuellement dans nos plus petites communautés, nous pouvons véritablement transformer le monde des affaires au bénéfice des personnes et de la planète, une entreprise à la fois.

 

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