Les 20 ans du mouvement B Corp – Partie 3 : l’avenir

September 15, 2026

Au cours des dernières semaines, nous avons examiné l’histoire du B LabMD du point de vue de ses fondateurs et de celui des personnes qui continuent de porter le flambeau vingt ans plus tard, des personnes qui demeurent ancrées dans les valeurs de la vision originale du B Lab tout en s’efforçant d’affiner le travail dans une ère moderne qui exige encore plus de responsabilisation et de transparence.

Cette semaine, nous essayons d’entrevoir où ce chemin pourrait nous mener. En tant que mouvement mondial œuvrant au service des personnes et de la planète, nous sommes enthousiastes d’envisager ce que les 20, 40 ou même 100 prochaines années réservent aux B CorpMD.

Notre espoir est de voir le mouvement se diffuser dans tous les systèmes, en remplaçant les règles qui favorisent les impacts néfastes par celles qui rendent les entreprises plus responsables, plus strictes dans leur autoévaluation et plus respectueuses des personnes et des écosystèmes qu’elles touchent.

En utilisant les normes et les pratiques B Corp comme modèle, nous souhaitons montrer à toutes les personnes qui ne font pas partie du mouvement tout le chemin que nous avons parcouru… et tout ce qu’elles pourraient accomplir à l’avenir en se joignant à nous.

Les porte-flambeaux

Les participant.e.s à la Retraite des champion.ne.s 2026 reçoivent gratuitement des conseils de spécialistes de la certification B Corp dans le cadre d’un atelier intitulé « Consultant Campfire » (veillée de consultant.e.s), offert en continu pendant l’événement sans inscription au préalable. Photo : Silvia Laserna

Pendant vingt ans, le travail de base du B Lab était la certification, une entreprise à la fois : évaluer son impact, la tenir responsable de se conformer à un ensemble de normes que la plupart des sociétés ne respectent pas et créer des cadres qui lui permettent de continuer à s’améliorer.

Plus de dix mille entreprises dans plus de cent pays sont maintenant certifiées, employant ensemble plus d’un million de personnes. Cependant, aucune entreprise, aussi bénéfique que soit son impact, n’exerce ses activités en vase clos. Chacune d’entre elles respecte des règles qu’elle n’a jamais écrite : un système financier qui valorise les gains à court terme, des lois qui privilégient avant tout les actionnaires au détriment des membres de la communauté, un marché qui considère la responsabilisation comme des frais généraux, ainsi que des acheteuses et des acheteurs qui s’attendent désormais à obtenir les prix les plus bas, quel qu’en soit le coût pour une autre personne.

La création de meilleures entreprises ne peut pas être suffisant en soi quand les règles encouragent précisément les pratiques et les résultats systémiques que nous essayons d’éliminer. Les vingt prochaines années doivent donc être consacrées à changer les règles, celles inscrites dans les lois et celles relevant des usages.

Faire du dépassement des attentes notre « gagne-pain quotidien »

Une entreprise peut satisfaire à une norme. Mais, pour changer une règle, cela prend un mouvement et les entreprises qui ont démontré la valeur du modèle B Corp s’organisent maintenant pour agir en tant que collectif.

L’action collective était auparavant une question de conscience individuelle. Aujourd’hui, grâce à des mouvements mondiaux parallèles, elle est financée, exigée et récompensée. Les frais de certification couvrent l’évaluation et les normes sous-jacentes. Le nouveau fonds d’impact collectif [en anglais] est la « caisse » dans laquelle les B Corp mettent de l’argent en commun pour le reste : la défense des intérêts, les coalitions et les travaux de recherche qu’aucune entreprise ne pourrait financer seule.

Des bénévoles participent à un événement de nettoyage de la rivière Milwaukee lors de la Retraite des champion.ne.s 2026, battant collectivement le record du monde inscrit dans le Livre Guiness du « plus grand nombre de participant.e.s au nettoyage d’une rivière (à plusieurs emplacements) ». Photo : Tru Earth

Les nouvelles normes [en anglais] font de l’action collective l’un des sept domaines auxquels chaque entreprise doit se conformer pour obtenir la certification. L’intégrité interne de l’organisation ne suffit plus à elle seule : une B Corp doit maintenant aussi aider à renforcer le système dans lequel elle évolue. Et, à partir de 2027, un nouveau prix annuel portant le nom du défunt cofondateur Andrew Kassoy récompensera d’une somme de 100 000 dollars la personne qui mènera l’action collective la plus audacieuse pour pousser les entreprises à rendre des comptes au-delà de leurs actionnaires.

Des actions collectives comme celles-ci se déroulent déjà. Et, ce qu’il y a de plus frappant, c’est que des concurrents directs unissent leurs forces pour les mener.

Plus de quatre-vingt-dix marques de beauté ont créé une coalition pour plaider en faveur de règles plus strictes dans leur secteur et sept entreprises de café ont formé une alliance cette année. La coopération ne s’arrête pas non plus aux limites du secteur d’activité. En 2025, des B Corp du monde entier ont cosigné un manifeste destiné à la Conférence sur les changements climatiques COP30 [en anglais] : il s’agissait d’un appel aux gouvernements à considérer les changements climatiques, les inégalités, la perte de biodiversité et la vision à court terme comme un même problème interdépendant.

Ces entreprises cherchent toutes à faire changer les règles.

Réorienter les incitatifs et les priorités pour faire de l’intendance la norme

Les entreprises du mouvement B Corp œuvrent pour faire évoluer les règles du monde des affaires. Ces dernières se présentent sous deux formes.

La première correspond aux règles inscrites dans la loi. Les fondateurs du B Lab ont commencé à intégrer des mandats directs dans les lignes directrices des entreprises en inventant la forme de « benefit corporation » (équivalent de la société d’intérêt social au Canada) : une structure d’entreprise dans laquelle les administratrices et les administrateurs sont tenu.e.s de tenir compte du personnel, des communautés et de l’environnement au même titre que des bénéfices, avec l’inscription de l’ensemble de ces obligations directement dans les statuts de l’entreprise. Des lois reconnaissant officiellement la forme de « benefit corporation » (ou son équivalent) existent maintenant dans au moins 51 territoires administratifs.

Une deuxième évolution juridique est aussi présentement en cours à une échelle que le mouvement ne peut porter seul, même si le B Lab contribue à la façonner : les gouvernements commencent à imposer à toutes les grandes entreprises de rendre compte de leur impact, ciblant souvent les mêmes domaines que les B Corp doivent évaluer depuis vingt ans.

Capture d’écran du site Web du Conseil de l’Union européenne (https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/corporate-sustainability/) montrant les domaines soumis à une obligation de déclaration qui chevauchent plusieurs normes de rapports des B Corp.

Les règles de déclaration de l’Union européenne [en anglais] demandent désormais aux grandes entreprises de publier des informations sur un grand nombre de domaines couverts depuis longtemps par l’évaluation B Impact : les émissions de gaz à effet de serre et les plans d’action climatique, les conditions de travail dans leurs activités et dans leurs chaînes d’approvisionnement, ainsi que leurs impacts sur leurs clientèles et sur leurs communautés.

Au Royaume-Uni, l’organisme de régulation financière reconnaît maintenant la certification B Corp [en anglais] comme une norme suffisamment rigoureuse pour rendre des investissements admissibles à son label de durabilité.

Pendant la plus grande partie de son existence, le mouvement B Corp a devancé la loi. Celle-ci est désormais en train de le rattraper.

Un emballeur agissant en tant que partenaire dans la chaîne d’approvisionnement d’Equifruit, une entreprise qui s’engage à intégrer les droits de la personne et le traitement équitable comme principes de base dans son modèle d’affaires. Photo : Equifruit

La deuxième forme de règles relève des usages, c’est-à-dire ce que le monde des affaires considère comme la réussite. Pendant la plus grande partie de son histoire, le terme « réussite » a signifié seulement une chose : le rendement pour les actionnaires.

Le travail à plus long terme du mouvement est d’élargir cette définition pour que la manière dont une entreprise traite son personnel et son environnement fasse partie intégrante des critères que la clientèle, les membres des conseils d’administration, les investisseuses et les investisseurs utilisent pour juger sa réussite.

Cette évolution a déjà commencé. Au Royaume-Uni, où les données ont été examinées le plus en détail, les B Corp lèvent maintenant 18 % plus de capitaux externes [en anglais] que les sociétés comparables. Les investisseuses et les investisseurs qui évaluaient avant uniquement les rendements commencent à récompenser les entreprises pour la manière dont elles traitent leurs employé.e.s, leurs communautés et l’environnement.

Le fait de contribuer à faire évoluer ces deux types de règles et d’être une entreprise responsable n’est plus quelque chose d’exceptionnel. Lorsque la loi exige de se soucier du personnel et de la planète et que le marché récompense cette démarche, une entreprise n’a plus besoin d’un logo pour prouver qu’elle agit en ce sens.

Réfléchissez à cette perspective : de manière contre-intuitive, la plus grande mesure de la réussite de ce mouvement sera le jour où le logo B Corp ne sera plus nécessaire. Nous œuvrons en vue de créer un monde qui fonctionne par défaut comme le font déjà les B Corp.

Concevoir le prochain chapitre (et réécrire les règles) pour faire du service aux personnes et à la planète une partie intégrante du monde des affaires

Les membres du studio d’animation LAIKA participent à la marche de la Fierté de Portland en 2024. Le studio est devenu une entreprise certifiée B en juin 2026. Photo : LAIKA Studios

La création d’un monde nouveau, plus responsable, redevable et durable sur le plan de la régénération ne relève pas du B Lab seul. Cela n’a jamais été le cas. Le mouvement a toujours été porté par les entreprises qui le composent. Et ce prochain chapitre leur appartient : aux entreprises qui obtiennent leur certification pour la première fois, aux multinationales qui respectent désormais les normes que les grandes sociétés maintenaient auparavant à distance, aux plus récent.e.s porte-flambeaux qui survivront aux fondatrices et aux fondateurs, ainsi qu’aux régions où le mouvement est nouveau et en pleine croissance.

LAIKA [en anglais] compte parmi ces dernières et derniers porte-flambeaux qui ont rejoint nos rangs, à notre plus grande joie. Comme le B Lab, le studio d’animation a récemment célébré ses vingt ans. Il a marqué l’événement en obtenant sa certification.

« Le fait de devenir une entreprise certifiée B », a déclaré le directeur du marketing et de l’exploitation de LAIKA, David Burke, « est une étape significative qui nous tient responsable tandis que nous continuons d’améliorer la manière dont nous soutenons notre personnel, notre communauté et l’environnement. »

Les fondateurs du B Lab, de gauche à droite : Bart Houlahan, Jay Coen Gilbert et Andrew Kassoy.

Il y a vingt ans, des amis se sont demandé si une entreprise pouvait être évaluée en tenant compte d’autres critères que ses bénéfices. Ils ont créé les outils pour répondre à cette question. La génération qui a suivi les a rendu suffisamment stricts pour consolider un mouvement fort de milliers d’entreprises.

Le travail qui nous attend maintenant consiste à inscrire ce que ces entreprises ont démontré dans les règles qui gouvernent le reste du monde. Voilà ce que signifie faire avancer le mouvement, et faire de l’exception la règle.

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